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Si j’étais née cent ans plus tôt…

Chère Maîtresse,

si j’étais née cent ans plus tôt, qu’aurait été ma vie ? Celle de mon mari ? Et celle de mes fils ? Comment ont survécu toutes ces mères de garçons, celles dont tous les enfants sont partis au front, et le mari avec, tant qu’on y est, parce que la guerre a tout pris, surtout le plus précieux… Comment ont-elles donc fait ces femmes qui attendaient en silence, sans nouvelles, sans amour, sans la consolation d’un autre enfant à la maison ? Comment ont-elles tenu, celles qui ont tout perdu et n’ont pu avancer que sur des fragments de vie brisée ?

Chère maîtresse, si j’étais née cent ans plus tôt, j’aurais été l’une d’elles…

Le temps a passé, les souvenirs les plus terribles ont fané et l’on continue de célébrer une guerre si lointaine qu’on en oublie l’atrocité. Ici, à Munich, le 11 novembre n’est évidemment pas férié. Mais pour faire oublier la défaite et les morts à la pelle, on a ressorti de derrière les fagots une bien jolie fête. Pour la Saint-Martin, les enfants allument des lanternes et se promènent dans les rues derrière le saint à cheval. Les étoiles s’émerveillent devant tant de lumières et les rues se tapissent de rires et de sourires. Des milliers de lampions dans la nuit comme autant de messages d’espoir et de vie… Finalement la plus jolie manière de ne pas oublier…

Chère maîtresse, cette année encore, merci d’avoir pris le temps de confectionner une lanterne pour mon fils, mon Martin. Nul doute que ses rires monteront jusqu’au ciel pour aller chatouiller les oreilles de nos arrière-grands-mères.

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